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Interview Fintech : Monito, le Booking des transferts internationaux d’argent
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Interview Fintech : Monito, le Booking des transferts internationaux d’argent

Business à l’international avec des fournisseurs, ONG embauchant des indépendants dans d’autres pays, voyages d’affaires, travailleurs frontaliers, nous sommes tous amenés à gérer des transferts de devises. Et lorsque les frais s’affichent, on se rend compte assez rapidement que les fournisseurs ne sont pas tous clairs et que certains coûts pourraient être optimisés afin de pouvoir économiser de l’argent.

C’est l’idée de Monito. Créée en 2013, la startup lausannoise propose une plate-forme qui compare plus de 450 prestataires avec une grande transparence sur les frais et les marges. Vainqueur cette année du prix Strategis de la meilleure start-up suisse (face à 70 compétiteurs), l’entreprise se définit comme le Booking des transferts internationaux d’argent . Nous avons interviewé l'un des fondateurs de Monito, François Briod, pour en savoir plus sur cette entreprise à l’avenir prometteur.

 

Pouvez-vous nous présenter Monito en quelques mots ? 

Monito est une plateforme de service d’envoi d’argent à l’étranger. Dès qu’il y a des fonds qui changent d’une monnaie à l’autre ou qu’ils passent une frontière, il y a des frais qui s’appliquent (des frais de transfert international ou des frais de conversion de devises par exemple) et ils ne sont pas toujours transparents.

C’est quelque chose que nous avons expérimenté avec mon frère, cofondateur, en envoyant de l’argent au Cameroun pour une association à but non lucratif. Tout comme le troisième cofondateur, Laurent, lorsqu’il suivait ses études à Hong Kong et que ses parents lui faisaient parvenir de quoi subvenir à ses besoins. Et encore aujourd’hui, en tant qu’entreprise qui a une bonne majorité de ses revenus provenant de devises étrangères.

 

 

Quelle est la meilleure manière de faire toutes ces opérations ?

Nous appliquons un modèle similaire à Booking pour les hôtels, Skyscanner pour les avions, ou Comparis pour les assurances. C’est-à-dire que nous allons regarder toute l’offre sur le marché et nous effectuons une comparaison factuelle sur les coûts, la vitesse de transfert, les types de transferts disponibles. Avec notre ligne éditoriale, nous donnons notre recommandation sous la forme d’un score (ranking) sur les bienfaits d’un service par rapport à un autre.

Toutes les informations comparées sont des faits qui sont vérifiables. Nous avons conçu une technologie qui permet de les agréger à grande échelle et d’avoir cette analyse faite en temps réel et à la demande pour suivre le marché des devises. Le but est d’avoir un ranking basé sur le coût total du transfert qui est complètement non biaisé. Nous opérons comme un apporteur d’affaires. Comme Booking prend une commission sur les nuitées qu’il aura permis d'obtenir à un hôtelier, nous sommes rémunérés sur les clients que nous générons à nos partenaires. Ça n’est jamais plus cher pour l’utilisateur final. C’est juste une partie de la marge du fournisseur qui nous est redistribuée comme pour n’importe quel pourvoyeur d’affaires dans n’importe quelle industrie.

 

Comment vous est venue l’idée de créer cette entreprise ?

Nous nous sommes rendu compte en grandissant, en discutant avec de plus en plus de gens et en ayant différents profils dans l’équipe, tels que des frontaliers, qu’il y a énormément de cas de figure où il est nécessaire de régler en devises étrangères, lorsqu’on part en vacances par exemple.

Si c’est notre histoire personnelle qui nous a fait regarder cette problématique de plus près, nous nous sommes vite aperçus, aux vues des 300 millions d’individus dans le monde qui font des paiements vers leur pays d’origine, qu’il y a un réel besoin.

 

Proposez-vous une solution dédiée aux entreprises ?

Les informations que Monito compare permettent autant à un particulier qu’à une organisation qui doit payer des salaires ou des fournisseurs à l’étranger, ou au contraire recevoir des fonds d’un autre pays, de comparer la meilleure manière de faire des transferts d’argent. L’intention de Monito à ses débuts était plutôt de cibler les besoins des individus, mais nous nous sommes assez vite rendu compte, spécifiquement par notre propre expérience d’entrepreneur, que c’est quelque chose qui touche également les sociétés. De nombreux fournisseurs que l’on compare propose des offres pour les entreprises et un grand nombre de données disponibles sur Monito peuvent permettre à une organisation d’être aiguillée. Les résultats varient en fonction d’une dizaine de paramètres, notamment la somme envoyée. La meilleure manière de transmettre 50 euros par exemple ne sera pas la même que pour 500 000 ou 5 millions d’euros. Des critères comme : les délais (« Ai-je envie que l’argent soit disponible aujourd’hui dans les mains du bénéficiaire ou puis-je attendre 5 jours ? ») , les frais, le type de monnaie, le moyen de paiement (« Est-ce que je transfère avec un virement bancaire ou une carte de crédit ? »), comment la personne va recevoir l’argent (cash, mobile, compte bancaire…)… vont influencer le coût total du transfert et l’opérateur le plus intéressant pour le faire.

 

Quelles sont les trois principales façons dont Monito est bénéfique pour ses utilisateurs ?

- Nous permettons aux gens de découvrir des manières de faire des transferts internationaux d’argent. Parfois il y a des combinaisons de pays pour lesquels c’est extrêmement compliqué. Par exemple pour les pays exotiques, savoir qu’un opérateur est disponible pour une monnaie offre de nouvelles possibilités.

- Monito est une opportunité de faire des économies importantes. Aujourd’hui, si l’on utilise un fournisseur traditionnel, par exemple Western Union ou si l’on passe par sa banque sans avoir négocié les taux, l’économie potentielle par rapport aux meilleures propositions du comparateur peut aller jusqu’à 80%, voire 90% sur les frais de transferts.

- Et enfin, apporter de la transparence et un vecteur de confiance. Nous allons peut-être vous recommander une entreprise dont vous n’avez jamais entendu parler, et vous allez vous demander « Est-ce que je peux leur faire confiance ? ». Nous avons fait des études basées sur un cahier des charges avec 50 critères différents qui vont nous permettre de noter le prestataire en question. Cela va aller de la fiabilité au nombre d’avis clients positifs. Si par exemple je vous parle de Currency Fair que vous ne connaissez peut-être pas, on voit qu’ils ont fait plus de 10 milliards de volume de transferts et qu’ils ont environ 60 000 avis positifs (4 ou 5 étoiles) sur une plateforme indépendante. Je vais être plus enclin à les tester et faire un premier transfert avec eux pour découvrir comment ils fonctionnent.

Nous apportons de la transparence pour aider les gens à essayer de nouveaux services et à réaliser des économies potentielles.

 

Comment voyez-vous votre croissance dans les 5 prochaines années ?

Aujourd’hui, notre challenge est l’expansion à l’international. C’est-à-dire que nous sommes basés en Suisse, mais nous avons déjà une clientèle qui est majoritairement en dehors de Suisse. Nous visons les 300 millions de personnes qui ont cette problématique de manière régulière. Ce qui fait plus d’un trilliard de dollars de volume de transferts. Nous voulons atteindre ces personnes avec une solution qui existe et avec laquelle il y a des économies à réaliser. C’est un challenge d’expansion et de marketing avant de s’étendre peut être un plus largement dans d’autres verticales ou d’autres industries. Dans ce sens, nous recherchons des partenaires pour couvrir de nouvelles régions. Par exemple, envoyer de l’argent depuis l’Amérique du Sud est particulièrement compliqué et nous aimerions trouver des opérateurs innovants qui nous permettraient de servir cette population. Notre site est déjà traduit en 9 langues, de l’espagnol au russe, et c’est quelque chose que l’on va continuer à développer.

Nous souhaiterions également créer les fonctionnalités qui vont rendre toutes les étapes de gestion des transferts internationaux beaucoup plus simples. C’est à dire avoir un seul compte pour utiliser l’un ou l’autre des opérateurs en fonction du meilleur marché sans être obligé de refaire des démarches administratives un peu longues et ennuyeuses. Ou encore, aider les gens à suivre le taux de change pour savoir quel est le meilleur moment pour faire le transfert en plus de quel est le meilleur fournisseur pour le réaliser. En somme, étoffer la gamme tout en se concentrant sur un besoin identifié. Il est important pour nous de bien le résoudre avant de passer à autre chose.

 

Créez-vous des synergies avec d’autres organisations de la Fintech suisse ? 

Certaines font partie de nos clients, ensuite, on dira que le secteur de la Fintech suisse est particulièrement développé sur des solutions B to B ou un peu plus au cœur des systèmes bancaires et un peu moins sur des applications B to C. C’est pourquoi la plupart de nos partenaires Fintech innovants sont basés à Londres, à Singapour ou New York. Mais nous travaillons notamment avec B-Sharpe à Genève et Exchange Market à Zurich.

 

D’après vous, la Suisse est-elle un terrain fertile pour la Fintech ? Quels sont ses défis ?

En Suisse, il y a beaucoup de compétences dans ce qui est infrastructure, core banking, wealth management… Les solutions se digitalisent et de très bonnes solutions Fintech innovantes émergent. Un peu moins dans ce qui est B to C comme on le voit dans d’autres pays.

C’est aussi le consommateur qui parle. Je me réjouis de voir des Néo Banques complètement digitales comme on en entend parler en Angleterre. Je ne suis pas surpris d’entendre parler dans les médias du protectionnisme des banques suisses et de Twint par rapport à l’émergence de Apple Pay ou Samsung Pay qui ne sont pas acceptés dans les principaux établissements suisses. Tout en étant content du service offert par les banques traditionnelles et Twint, je pense que cela peut représenter un frein. Il me semble que plus de choses pourraient être développées en B to C et je ne serais pas étonné que des acteurs allemands ou anglo-saxons débarquent en Suisse.

 

Si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui lance son entreprise, lequel serait-il ?

Il faut se lancer et parler avec ses clients potentiels le plus tôt possible. Faire le plus d’expérimentations possibles le plus vite possible, pour valider le fait que l’idée a un vrai potentiel. Il ne faut pas faire que réfléchir, mais confronter son idée à la réalité.