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Interview Fintech : Mt Pelerin, le futur de la banque en Suisse
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Interview Fintech : Mt Pelerin, le futur de la banque en Suisse

Mt Pelerin est le projet de Smart Execution, une Fintech genevoise qui s’est établie sur la place comme experte dans le domaine de la blockchain, mais pas seulement. Puisant ses origines et son inspiration d’un courant de pensée économique libérale porté par la Société du Mont-Pèlerin créée en 1947 au lieu du même nom, la jeune entreprise a de grands plans pour changer le monde de la banque.

Nous avons interviewé Arnaud Salomon, le fondateur et visionnaire de Mt Pelerin pour mieux comprendre ce projet aux belles ambitions philosophiques et technologiques.

 

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?

Mt Pelerin est un projet dont la vocation est de devenir une banque suisse opérant un nouveau modèle d’affaire révolutionnaire. Ce dernier est basé sur trois piliers fondamentaux, presque philosophiques: réserve de dépôts à 100%, marketplace et « tokénisation ».

Le premier de ces piliers rejoint une des volontés de l’initiative Monnaie Pleine sur laquelle nous avons tous voté en juin, à savoir que les dépôts des clients doivent être sûrs et garantis. La banque que nous allons créer agira bien entendu en qualité de dépositaire des biens de ses clients, à la différence des banques existantes, nous ne les utiliserons jamais à notre propre profit. Les dépôts ne seront tout simplement pas prêtés et donc jamais compromis. Nous voulons être par ce biais une banque qui traversera les âges et les crises sans jamais prendre le moindre risque sur son bilan. Ainsi, nos clients auront toujours l’assurance que leurs biens déposés chez nous seront toujours disponibles quoiqu’il arrive. Dans le cas d’une nouvelle crise de l’ampleur de celle de 2008, nous serons une des rares institutions à rester debout.

Ensuite, puisque nous ne ferons pas de crédit nous-mêmes nous offrirons tous les services bancaires sous une forme de marketplace. Sur le même principe qu’un Uber ou un Airbnb, nous aurons d’un côté des gens et des entreprises qui ont des biens à investir et de l’autre des clients qui ont des besoins financiers et nous mettrons en relation cette offre et cette demande directement. Voici deux exemples concrets de ce que permettra notre marketplace : 

  • Le premier exemple est le change de devises. Un marketplace de change permet à n’importe qui de proposer du change et à n’importe qui de venir « consommer » cette offre. Typiquement, vous avez des euros, quelqu’un d’autre a des francs suisses, vous voulez des francs suisses, et donc vous effectuez une proposition. En faisant correspondre les besoins opposés, nous avons toujours le meilleur taux étant donné qu’au lieu de payer une commission à l’intermédiaire typique qui est la banque, la relation est directement établie entre deux personnes. Cette mise en relation est gérée par un algorithme d’une part qui s’assure que les transactions soient complètement conformes à la loi, et de l’autre part par un « market-maker » robot qui offre un prix à l’achat et un prix à la vente, prix qui est déjà en moyenne 10 à 20 fois moins cher que la plupart des banques. Bien sûr les clients seront toujours libres, et donc si quelqu’un a quelque chose de mieux à suggérer que le robot, il pourra le faire. Notre principe est d’offrir un service « what you click is what you get », c’est-à-dire de savoir exactement ce que vous payerez au moment où vous cliquez, avec toujours le choix d’accepter ou de refuser. Notre modèle repose sur des commissions prises sur chaque transaction, et qui sont infimes par rapport à ce qui se pratique aujourd’hui sur le marché. 
  • Le deuxième exemple est celui du prêt. Bien que nous nous interdirons de faire des prêts au bilan, nous voulons néanmoins offrir ce genre de services à nos clients sous une forme très similaire aux outils du type crowdlending et crowdfunding, mais toujours avec ce concept où nous amenons la liquidité. En tant que client, si vous avez besoin d’un prêt vous devriez être indifférent à ce qu’il soit fait par UBS, la Banque Cantonale ou n’importe quelle autre banque. Tout ce qui vous intéresse, c’est que vos critères soient respectés et que vous obteniez les meilleures conditions. Sur un marketplace c’est exactement ce que vous obtiendrez. Les meilleures propositions du moment vous seront présentées, mais si elles ne vous conviennent pas alors vous pourrez vous-même faire une demande et laisser le système y répondre. De manière très similaire aux plateformes de crowdlending, nous permettrons à n’importe quel client de notre plateforme de participer à des prêts aux particuliers, aux entreprises, des hypothèques, etc. Nous aurons différents marketplaces avec différents types de produits et différents types de risques associés afin de segmenter au mieux les offres. Cette approche donnera un pouvoir inédit à nos clients, car ils pourront directement choisir, investir et s’impliquer dans des projets auxquels ils croient. 

Quant au dernier pilier, nous avons pour ambition de porter 100 % du bilan de la banque sur la blockchain. En effet, 99 % des actifs bancaires sont des contrats. Or un des principaux aspects révolutionnaires de la blockchain est la possibilité de créer des « smart contracts », qui est une façon d’automatiser de façon digitale l’exécution de contrats de manière complètement fiable et transparente, ce qui permet d’éliminer la nécessité d’intermédiaires. Nous allons donc conduire ces actifs bancaires sous forme de « smart contract » sur la blockchain, en tant que tokens ou jetons. Sans trop entrer dans les détails techniques, cela veut dire que les clients vont pouvoir posséder des fractions d’actifs bancaires sous forme de jetons, qu’ils pourront ensuite échanger ou revendre très simplement et rapidement sur le marché secondaire, à commencer par notre propre marketplace dédié à cet usage. Souvent en achetant des actifs, ceux-ci sont verrouillés jusqu’à maturité et ils sont donc illiquides. Par exemple, si un restaurant emprunte de l’argent sur deux ans pour acheter un nouvel équipement, le prêteur de l’argent devra donc attendre deux ans pour récupérer son argent. Avec notre solution, en cas de besoin d’argent le prêteur pourra facilement se dégager de son investissement puisque celui-ci existera sous forme de jetons qui peuvent être revendus à tout moment sur le marché secondaire. Les possibilités que ce système offre sont tout simplement illimitées tant pour des particuliers que pour des entreprises.

Au-delà de ces trois piliers, la banque que nous allons créer sera la première véritable banque en ligne de Suisse avec un profond caractère technologique. Conçue de zéro pour automatiser un maximum de tâches, elle permettra de réduire nombre de coûts et de proposer un niveau de service ultra compétitif, notamment :

- Une ouverture de compte en ligne en moins de dix minutes

- Un compte supportant 30 devises, c’est-à-dire doté d’un IBAN distinct pour chacune d’entre elles

- Une carte unique offerte qui permet de débiter la bonne devise en fonction du pays où vous vous trouvez avec un taux de change imbattable. Les tarifs que nous proposons sont 40 fois inférieurs à ceux d’une Visa / Mastercard traditionnelle !

 

mt pelerin banque

Marketplace change de devises

 

Comment avez-vous eu l’idée de créer Mt Pelerin ?

Je suis né à Cannes en France, mais je n’y ai vécu que très jeune, car nous sommes rapidement partis vivre à l’étranger. Nous avons habité dans le monde entier, au gré des déplacements de mon père et j’ai donc grandi en Inde, en Argentine, et en République Tchèque. Je suis arrivé en Suisse à 17 ans, et cela fait maintenant presque 20 ans que je suis ici. De par ce parcours, les problématiques de gestion de transferts internationaux et de multiples devises m’ont très vite été familières. À l’époque, le moyen le plus simple, le plus rapide et le moins cher de changer de l’argent était de le prendre avec soi en cash en avion dans un autre pays.

J’ai ensuite obtenu un master en systèmes de communication à l’EPFL, mais je n’ai jamais travaillé en cette qualité puisque j’ai toujours œuvré dans la finance, notamment en tant que trader dans les « commodities »  et pendant un an et demi à un poste à hautes responsabilités avec un portefeuille Forex. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à vouloir comprendre « qu’est-ce que l’argent ? », « où est-il est créé ? », « par qui ? », « pourquoi ? »… J’ai d’abord découvert que dans ce monde de traders, peu nombreux étaient ceux qui comprenaient vraiment ce qu’ils faisaient. J’ai creusé et j’ai alors entrepris des lectures de plus en plus libertariennes. J'ai ainsi été fasciné par la pensée économique autrichienne. Celle-ci est partisane, entre autres, de redonner de la liberté au marché avec le moins de biais centraux possible. Nous avons réussi à séparer l’église de l’état à une époque, et je suis convaincu que nous arriverons un jour à séparer l’argent de l’état, car c’est une condition pour la prospérité à long terme de l’économie.

À force de me poser toutes ces questions, je me suis dit qu’il était temps de se lancer et en parallèle j’avais découvert le Bitcoin qui a été pour moi une révélation. Comment peut-on créer de la valeur, d’où vient-elle, comment apporter cette confiance dans ces lignes de code, plus importante que dans le cas d’un banquier central qui peut changer d’avis ? Je me suis naturellement beaucoup intéressé à la technologie sous-jacente du Bitcoin, à savoir la blockchain. 

Mon objectif depuis est de créer une réelle banque « on blockchain » et de mettre à profit cette technologie pour faire voir le jour à une banque nouvelle génération qui permettra à tous de devenir propriétaire de biens qui leurs étaient auparavant inaccessibles grâce à la « tokénisation ».

 

Quelles sont les différentes manières dont Mt Pelerin est bénéfique pour les clients ?

Comme dit avant, nous apportons pour la première fois une banque avec laquelle les clients auront l’assurance qu’au-delà des 100’000.- garantis par la Confédération 100% de leur argent sera en sécurité puisque jamais utilisé. Nous voulons tendre vers le risque zéro, et c’est une première source de valeur pour les clients.

D’autre part, nous allons plus loin en résolvant de véritables problèmes de la vie quotidienne des gens, notamment avec les paiements qui seront libres, gratuits et sans engagement avec un modèle d'affaires radicalement différent. Ainsi, vous pourrez ouvrir un compte, l’utiliser trois fois puis l’abandonner et cela ne vous coûtera strictement rien. Si vous restez chez nous 20 ans, ce sera pour la qualité de nos services et non pas parce qu’on vous aura vérouillé avec un contrat.

Enfin, comme expliqué la tokénisation va être une source de valeur sans précédent, non seulement pour nos clients, mais pour l’économie tout entière puisqu’elle va amener de nombreuses nouvelles possibilités de se financer pour les entreprises et les particuliers ainsi que des opportunités d’investissement inédites et à toute échelle.

 

Comment voyez-vous la croissance de votre entreprise au cours des 5 prochaines années ?

Nous avons encore un an de processus de demande de licence avec la FINMA avant d’ouvrir nos portes. Nous n’avons pas voulu utiliser un core banking (système informatique bancaire) traditionnel et nous développons notre propre code, ce qui prend beaucoup de temps. Nous sortirons ensuite nos services à un rythme de 6 mois pour chaque nouveau marketplace et chaque type de produits à offrir à nos clients. Nous allons commencer par cibler ceux qui sont déjà ralliés à notre cause, c’est-à-dire la communauté du monde crypto. Ce que nous sommes en train de réaliser est historique pour eux. La première banque crypto-friendly 100 % on blockchain, transparente et réserve à 100% des dépôts en Suisse, le seul pays qui n’a jamais confisqué d’argent à ses citoyens, pour cette communauté l’image est très puissante. Nous proposerons ensuite notre offre à tous sans que les gens n’aient besoin de comprendre la tokénisation pour l’utiliser. L’idée est vraiment de simplifier et de démocratiser les services financiers complexes pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne.

 

Comment pensez-vous que votre technologie sera accueillie en Suisse ? Et à l’international ?

Notre stratégie est globale. Nous avons des experts en droit, en banque et finance et des ingénieurs, nous ne sommes pas du tout une équipe axée sur la visibilité à tout prix. C’est peut-être ce qui nous manque un peu, mais c’est aussi notre force, car nous prenons le temps de mettre en place les choses et de les structurer pour qu’elles soient réellement en phase avec le but du projet.

Nous travaillons maintenant avec l'une des Big Four depuis un an pour façonner notre licence bancaire et une levée de fonds qui soit compatible avec nos objectifs. En Suisse, une banque a besoin de CHF 20 millions de capital pour démarrer et ce capital doit être éligible. C’est beaucoup d’argent et ce n’est pas de l’argent que l’on peut emprunter.  La FINMA, au-delà du numéraire, prend en compte une grande quantité de facteurs qui permettent ou non d’obtenir une licence.

Lorsque nous présentions aux banquiers le projet il y a deux ans, c’est à peine si on acceptait de nous recevoir. Aujourd’hui, c’est incroyable, nous nous faisons contacter quasiment toutes les semaines pour aller présenter le projet, l’avenir de la tokénisation dans la finance, ou encore comment tous les coûts de back-office peuvent être divisés par deux grâce à la technologie. Quand deux banques traitent ensemble, comme chacune a son propre livre de compte, il faut réconcilier les comptes à chaque fin de journée, ce qui prend du temps et qui contient des risques et des problèmes de confiance. Alors que si tout ça se passe sur la blockchain, en tokénisant ces fameux contrats, le « trade »  devient « settlement », le reporting et le bilan deviennent automatiques et en temps réel (aujourd’hui une banque a au minimum une granularité d’un jour). Finalement, lorsque l’on montre tout ça et que l’on explique que l’on a plus besoin de « back-office » ou de « middle-office » pour pousser le bouton du reporting au bilan, ils n’en croient pas leurs yeux. Il y a une vraie évolution de la perception de ce milieu. 

 

Créez-vous des synergies avec d’autres entreprises de la Fintech Suisse ? Si oui, lesquelles ?

Certainement, car il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous ne réinventons pas la roue et nous avons de très grandes ambitions de collaboration avec certaines Fintech. Certaines choses se passeront dans un an et demi après que nous ayons mis en place nos services principaux. D’autres sont déjà en train de se passer maintenant. Et par ailleurs, nous travaillons beaucoup avec les institutions bancaires genevoises, notamment les banques privées parce qu’elles ne se sentent pas en concurrence avec nous. Nous les avons par exemple aidés à faire de la « due diligence » sur l’origine de fonds crypto afin qu’elles puissent accepter les nouveaux « cryptoriches ». Nous travaillons aussi avec elles sur différents projets d’intégration technologique.

 

Selon vous, la Suisse est-elle un terrain fertile pour la Fintech ? Quels sont ses défis ?

Oui et non. Il y a une vraie envie et un discours sincère. Malheureusement, si on regarde l’histoire, la Suisse a pris des mesures un petit peu différentes de celles de l’Union Européenne. On parle beaucoup de PSD II (Payment Services Directive) entrée en vigueur au premier janvier de cette année qui force toutes les banques européennes à s’ouvrir aux Fintech, c’est-à-dire de les laisser venir se connecter sur la banque et offrir des services. C’est une loi qui existe en Europe et qui fait qu’une banque ne peut pas refuser l’accès aux données à une Fintech du moment que le client l’y a autorisé. En Suisse, une telle réglementation n’existe pas encore. 

Avant PSD II, il y a eu PSD I. En 2007/2008, au moment de la crise, les Européens ont fait quelque chose de très fort puisqu’ils ont ségrégué les institutions de crédit (les banques) des institutions de paiement qui ne peuvent faire de prêts au bilan. C’est ce cadre qui a permis l’explosion de la scène Fintech anglaise notamment. 

En Suisse, au même moment, nous avons eu le mouvement inverse. La FINMA a imposé à tous les acteurs qui prenaient des dépôts du public de posséder une licence bancaire. Ils ont fait ce choix  suite à une forte croissance du nombre de « brokers forex » en ligne dont certains n’étaient pas forcément très sérieux. Ainsi, de nombreuses entreprises ont fermé ou se sont relocalisées. Certaines sont restées et se sont transformées en banque, comme Swissquote Bank. Maintenant, le cadre réglementaire est en train d’être assoupli et permet aux Fintech de prendre des dépôts limités à 60 jours, ce qui est un progrès. 

Nous sentons qu’il y a un vrai désir d’évoluer en Suisse. Nous avons commencé très tôt les discussions avec les régulateurs et nous avons pu présenter ce que nous faisons en apportant de nombreuses réponses et nous placer comme des experts dans notre domaine. Comme tout le monde veut avancer et avoir cette image d’innovateur, nous sentons qu’il y a de fortes opportunités en Suisse pour des entreprises comme la nôtre qui savent démontrer leur sérieux et faire les choses de façon professionnelle. Nous avons une occasion unique d’être des pionniers.

 

Avez-vous une exclusivité ou un message pour nos lecteurs ?

Nous sommes en train de créer cette banque que sera Mt Pelerin et nous allons bientôt faire appel au public pour financer ce projet. En automne, nous allons ouvrir notre ICO qui aura un caractère très différent des autres. Avec nos partenaires légaux, nous avons structuré cette levée de fond de manière beaucoup plus stricte et sérieuse que ce qui se fait aujourd’hui et nous allons offrir aux investisseurs quelque chose d’incroyable et d’historique. 

Nous allons nous déposséder complètement de la propriété intellectuelle du système IT de la banque. Les gens vont donc pouvoir posséder cet « Avaloq 2.0 » et recevront en contrepartie un royalty représentant 20% des profits nets annuels de la banque. Les détenteurs de ce core banking system toucheront également 100% des revenus nets issus des licences de notre système, lorsque d'autres banques souhaiteront l'installer en parallèle ou en place de leur système actuel. Le nombre de banques s’équipant aura donc un impact direct sur le retour sur investissement de nos investisseurs.

Ce que nous proposons est révolutionnaire et nous sommes fiers de bientôt pouvoir offrir notre token à la vente publique. Ce token sera à toute épreuve du point de vue réglementaire et il sera puissant et novateur comme outil d'investissement, avec son revenu passif et son sous-jacent tangible. Si on ajoute le fait que nous avons aussi tokenisé une partie des futures actions, nous pouvons dire que nous nous apprêtons à faire entrer Mt Pelerin dans l’histoire de l’industrie bancaire.